Bécassine, C’est notre cousine !

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Pour lancer le nouvel hebdomadaire des petites filles bien élevées « La Semaine de Suzette » le 2 février 1905, Maurice Languereau des Editions Gautier a l’idée de lui associer une petite poupée, Bleuette.

En proposant chaque jeudi un patron différent à découper dans la rubrique « Nous habillons Bleuette », la petite fille confectionnera avec des morceaux de tissu et sa petite machine à coudre la toute dernière tenue à la mode inspirée des plus grands couturiers parisiens.

Fin janvier 1905,

le premier numéro de « La Semaine de Suzette » va passer sous presse et, Oh ! Stupeur, la dernière page est blanche suite à la distraction d’un collaborateur. à la hâte la rédactrice en chef, Jacqueline Rivière, imagine une petite histoire humoristique mettant en scène les déboires d’une certaine Marquise de Grand-Air avec sa jeune servante bretonne, Bécassine. Dessinée par Emile Pinchon, cette éphémère planche destinée à « noircir la dernière de couverture » disparaît lors des numéros suivants. Mais c’était sans compter l’intérêt suscité auprès des petites lectrices qui ne tardent pas à réclamer à corps et à cris de nouvelles aventures de cette servante si drôle faisant de grosses bêtises. Leur vœu s’exauce au n°23 en juillet 1905, Bécassine revient. Elle devient malgré elle la première grande héroïne de bandes dessinées françaises.

Le 8 octobre 1908

dans la Semaine de Suzette n°36 et le 15 octobre dans le n°37, enfin, le patron de la tenue Bécassine est proposé aux petites mains expertes : jupe en drap vert bordé de velours noir, corsage, tablier blanc en soie, guimpe, coiffe et chaussons remplacés plus tard par des sabots. Cette tenue, reste comme l’une des plus emblématiques du trousseau de Bleuette.

Bécassine

apparaît aussi en une multitude de produits dérivés. Nous la retrouvons dans des scènes de théâtre jouées par des enfants, au cinéma (courts métrages en 1927 et film « Bécassine » avec Paulette Dubost en 1939), en chanson popularisée par Chantal Goya « Bécassine, c’est ma cousine… ». Bécassine décore des puzzles, broches, tricotins en bois, lampes de chevet, portes clefs, dînettes, papiers à lettre, tirelires, déguisements… Des poupées en bois, en mousse de latex de la Société Technigom, en plastique, en crochet… Un jouet automate « La casseuse d’assiettes » de Fernand Martin en 1914 représente une bonne bretonne trébuchant avec une pile d’assiettes dans les mains. En 1949 une couturière travaillant pour Gautier-Languereau, Madame Reine Degrais, commercialise avec l’accord de l’éditeur, la poupée « La Vraie Bécassine » en tissu bourré de 34 cm et 50cm puis plus tard de 40cm, 32cm, 20cm, 33cm, 15cm et un jeu de quilles à l’effigie de Bécassine.

Bécassine a enchanté plusieurs générations d’enfants. Elle reste dans notre mémoire collective alors que « La Semaine de Suzette » et Bleuette ne restent que dans celle des collectionneurs.

Bécassine

n’a pas de bouche, ainsi en a décidé Pinchon. Née en Bretagne, province française la plus pauvre à l’époque, sa bêtise supposée reste à la hauteur de son honnêteté, son dévouement, sa générosité, sa sympathie, son amour du prochain, sa bonté, son patriotisme. Son comique basé sur une impossible adaptation au monde moderne fait écho à notre propre inadaptation au monde d’aujourd’hui. Beaucoup d’entre nous se sentent décalés face à un monde qui change constamment sous nos yeux, une mondialisation que peinent à compenser des réseaux sociaux d’amis virtuels. Ainsi Bécassine, incroyablement d’actualité, nous ramène à ce bon sens paysan, à cette réalité, à ce ressourcement dans nos racines profondes provinciales. En relisant ses aventures, vous découvrirez la véritable Bécassine, celle qui se cache derrière cette petite servante bretonne en costume folklorique.

 

 

Musée de la poupée et du jouet ancien – Château de Robersart

Wambrechies – Tél : 03 20 39 69 28

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