Chronique du Vieux-Lille

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Lumières et larmes sur Notre-Dame de la Treille

« Vingt dieux, pas croyable ! », « La classe ! », « Ben cha alors ! », « Putain ! C’est vachement beau ! »,  « So good man ! ». Les registres de langue différents et les idiomes divers résonnent dans le soir de novembre 2013 sur le parvis de la Treille.

Ils expriment l’intense émotion ressentie par des spectateurs qui ne se connaissent pas ou ne se fréquentent guère. Pourtant ils se rassemblent dans ces instants de grâce que Lille offre aux autochtones et aux visiteurs chaque fois plus nombreux.

Livrée au mapping* Architectural Métamorphosis  du groupe COSMO AV, la façade se fait ruine, verre translucide qui dégringole en un torrent d’énormes cristaux. Elle se couvre de papier kraft porteur d’étiquettes « FRAGILE », et se déchire de haut en bas.  Soudain surgissent de vertes arborescences, les pampres de la vigne, la Treille retrouve son étymologie !  Puis les nefs latérales se dilatent, se rétractent et compressent la nef centrale qui s’écroule. Des mains crayonnent la rosace et les arcs de la façade, hommage  à la très lente et controversée construction de la basilique.

De petits bonhommes au graphisme de jeux vidéo se déplacent fébrilement sur la façade revivifiée. Elle  se couvre alors de longs et câlins poils roses, les spectateurs complices reconnaissent le pelage du lapin mascotte de festivités Fantastik, de LILLE 3000. L’humour et le rêve ont bien droit de cité.Grincements de porte, froissements de papier, ronronnement de tondeuse, stridences de scie circulaire, dégringolade d’objets métalliques,  respirations saccadées sur un rythme speedé : la bande son anticipe, porte et amplifie l’impact des images.

Rires et applaudissements frénétiques : le public bluffé  salue la fin de ce moment magique et s’attarde sur le parvis. «Que maravilla !» Emme, le roi auto-proclamé de la rue d’Angleterre se réconcilie avec l’édifice. Il le longe quotidiennement, il le déteste depuis toujours : gigantesque, lourdingue, gris sinistre, tape à l’œil avec son néo-gothisme à la Viollet-Le-Duc*. Seuls trouvent grâce à ses yeux la façade de marbre rose aux reflets irisés tendue par des câbles métalliques comme la voile d’un bateau, magnifiée par la lumière du couchant éclairant la rosace du sculpteur Kijno. Et le chemin de croix de l’artiste Jean-Luc Bonduau  : 15 stations déclinent des gros plans de visages triangulaires, marron et blancs, traités comme des masques. Ce parti pris de dépouillement d’une peinture au couteau puise sa force dans la dédramatisation, aux antipodes du kitch et du sanguinolent.
Emme se remémore le superbe projet de création de bassins rappelant les anciens canaux autour de l’édifice  dessiné par l’architecte Jean Pattou, un projet tombé à l’eau…

Heureusement il y a la pelouse qui jouxte l’édifice et offre un écrin au  clocher. Un rectangle de verdure chèrement défendu par un collectif de riverains. Vendu par l’évêché à un promoteur, la construction d’un immeuble aurait transformé  la rue du Cirque en canyon et privé  les riverains d’un des trop rares espaces verts publics du Vieux-Lille. Malgré moult  tracasseries et de fortes pressions, la mobilisation avait été payante et fait reculer les profits. Emme se délecte de l’occupation ludique du lieu.   les Lillois de tous âges et de toutes conditions se partagent l’espace.

 

Mapping : animation en 3D, colorisée et sonorisée d’un édifice.

Viollet-Le-Duc : architecte qui, au XIXème siècle, réintroduisit le style gothique dans de nombreux monuments.

Michel L’Oustalot dédicacera son livre « Le roi de la rue d’Angleterre »

– à L’Office du tourisme de Lille
Le samedi 7 avril de 10 h à 18 h

– Au Salon du livre de Pont à Marcq, espace culturel Jean-Claude Casadesus. Le samedi 14 avril de 14 à 18 h 30