Chronique du Vieux-Lille Michel L’Oustalot

446

Le pont du Petit Paradis

Sous les ponts de Lille coulent la Deûle, nos souvenirs et nos rêves de résurrection

I l était une fois sur la Deûle un pont hollandais à bascule et à simple levier qui rappelait le pont de Langlois à Arles  peint par Van Gogh : le pont du Petit Paradis. Il portait le nom d’une guinguette sise à proximité. Dans les années 2000, lui et son jumeau le pont du Ramponeau, autrefois également flanqué d’une guinguette éponyme, s’immobilisèrent, recouverts d’une gangue de bitume. Leurs aériennes architectures de métal peintes en vert sombre  et leurs savants mécanismes élévatoires furent abandonnés aux pigeons, à la rouille et aux rats. Et depuis le percement du canal à grand gabarit qui contourne la citadelle pour rejoindre le port fluvial en l’an de grâce 1997, les péniches avaient déserté la Moyenne et la Haute- Deûle. Quel affront pour des ponts  réduits à l’immobilité, au délitement et au ronron !

Depuis avril 2016, Il est désormais un pont à quadruple parapet de métal gris, dont le tablier porte deux larges passages pour piétons  bordant une chaussée à deux voies. C’est un pont à élévation verticale monté sur quatre vérins, un pont levant quoi, métamorphose inattendu du Petit Paradis. Mais à quoi bon un dispositif d’élévation là où ne passe aucune nef ?

Lise Daleux, Adjointe au maire de Lille déléguée à la nature en ville et aux espaces verts, interviewée par Michel Loustalot devant le pont du Petit Paradis.

Alors EMME, le roi auto-proclamé de la rue d’Angleterre,  curieux de tout événement  en son royaume et amoureux des ponts, ces constructions faiseuses de passages et de liens, s’en fut voir la belle  Lise DALLEUX, adjointe à la politique de l’eau et à la biodiversité en mairie de LILLE.

Emme : 

– Dites-moi, gente Lise, pourquoi un pont à élévation verticale sur un bras mort  que n’empruntent plus les  bateaux ?

Lise : 

– Bonne question, votre  Majesté et légitime préoccupation ! Apprenez d’abord que ce pont est en capacité d’accueillir les lourds manèges des forains et la noria quotidienne des camions de l’armée tirant parfois des pièces d’artillerie. Desserte du tout récent parking nord, il désengorge le Pont de la Citadelle, il y a peu unique lieu de passage entre le Champ de Mars et la ville !

Emme : 

– Certes, Lise, mais pourquoi ce choix de l’élévation  forcément plus onéreux ?

Lise : 

– Avec Voies Navigables de France, nous réfléchissons à un vaste de plan de valorisation des berges de la Moyenne et de la Haute- Deûle. Depuis la gare d’eau  à LOMME jusqu’au déversoir dans le canal à grand gabarit situé près de l’écluse du Grand Carré s’étire sur  trois kilomètres et demi  une façade fluviale arborée, sinueuse, propice aux déambulations aquatiques et terrestres, et aux rêveries.  Elle forme un triangle sensuel dans sa jonction avec le canal à grand gabarit. Cette voie unique jouxte aussi Lambersart et sa superbe maison folie, le Colysée, dont le toit étagé supporte les gradins d’un espace dédié aux représentations théâtrales. Des activités de loisir, des commerces, des lieux de convivialité verront le jour, les embarcations reviendront ! Elles jetteront l’ancre allée des Marronniers, au pied de l’ancienne halle à fourrage remontée et reconvertie en espace multisports.

Emme : 

– Vous oubliez le franchissement de l’écluse de la Barre…

Lise : 

– Pas du tout ! L’écluse est fonctionnelle, elle nécessite un petit lifting et les bateaux pourront remonter vers le nord–est, sous le Ramponneau, le Napoléon et le Petit Paradis ! Avez-vous remarqué le déversoir mitoyen ? Il achemine  une onde propre et limpide pompée sous le Palais des Beaux-Arts, l’eau de la Deûle a gagné en qualité.  Avec l’interdiction des produits phytosanitaires dans les parcs et jardins et la disparition des lits de mousse polluée des usines, brèmes,  gardons, perches reviennent en force. Prairies sous-marines, éponges et champignons aquatiques tapissent désormais le fond du canal.

Emme : 

– Et le Ramponneau ?

Lise : 

– Il sera reconstruit selon la même technique, sur vérins. Début des travaux imminent  et livraison au printemps 2018.

Et puis, rêvons un instant !  Dans un futur peut-être pas si éloigné, pourquoi pas un raccordement du bras mort avec le canal à grand gabarit, un nouveau lit, une nouvelle vie en quelque sorte, en attendant le Plan Bleu !

 

Et qui sait, pour honorer la promesse faite jadis par le regretté Pierre MAUROY,  pourquoi pas des compétitions de natation dans le cours d’eau méconnu, parfois vilipendé et pourtant emblématique de la ville lacustre qui coule dans le cœur de chacun des Lillois !