Yvon DELAPORTE, la couleur et la lumière

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J’ai rencontré l’œuvre avant l’homme et je suis resté figé. Il est, de ce genre d’artiste, dont la vision des œuvres me met dans ce drôle d’état, cette bizarre impression d’avoir comme des fourmis dans le cerveau.

Et puis j’ai rencontré l’homme, tout à l’image de ses toiles, malicieux, vif, coloré dans sa tête, attirant, inattendu, rêveur, profondément humain, et toujours animé de cette extraordinaire pulsion créatrice.

Quand je suis arrivé chez lui, il était assis sur son canapé, entouré de ses dernières toiles, sous une magnifique Odalisque blonde. Il me tend les bras et m’embrasse.

«Tu veux écrire sur mon travail, note : La lumière est couleur, le reste c’est de l’intuition, je ne peux pas l’expliquer. Tout est dit, range ton carnet et bois un coup.»

Enfin,Yvon, il y a autre chose, quand on te connaît, on peut lire ta vie comme dans un livre sur tes toiles.Tes joies, tes peines, tes regrets, tes rencontres. Je n’ose dire tes amours, mais il est facile de les deviner. Il hausse les épaules, sourire moqueur au coin des lèvres, et me tend le plateau de petits choux à la crème.

-Écoute, je suis né à Solesmes le 14 novembre 1934, pays des Seringueux. Petit, je caricaturais dans la marge de mes cahiers, les grands du Losc de l’époque, Baratte, Tempowski et les autres, j’aimais déjà le football. A 16 ans, je  sors diplômé des Arts Déco de Bruxelles, J’ai découvert Vermeer, Klimt, Nicolas de Stael, la lumière et la couleur.

Ma carrière de professeur de dessin est très vite contrariée par une surdité précoce, alors je deviens peintre. Pour vivre, j’ai réalisé des centaines de toiles d’inspiration du clair-obscur flamand, « figuratif classique» pour la galerie David à Paris, qui me les prenait en lots et qu’elle vendait à la chaîne. Ça m’a permis de vivre normalement et d’aider quelques copains.

J’ai rencontré et connu beaucoup d’artistes dans ma vie mais j’ai beaucoup aimé Jean Parsy, l’homme d’abord et l’artiste. Il n’a jamais triché, c’était un très grand.Bram Van Velde m’a initié à la couleur et à la liberté de la main sur la toile.

Et puis Nicole, il y a 27 ans un tournant dans ma vie artistique et privée. Un jour, pendant mon sommeil, j’ai quitté mon corps, je devenais léger, léger comme une plume, irrésistiblement attiré jusqu’à mon atelier. Mon pinceau touche la toile le tableau apparaît, c’était un portrait de Nicole. On a beaucoup écrit sur ces phénomènes, je peux te dire que je l’ai vécu.

Augustin Lesage peignait dans cet état particulier, parait-il.

Les vrais artistes me comprendront, on ne résiste pas à cette force créatrice qui vous poursuit jour et nuit.

Je n’aime pas les faux artistes sous influence, les sous untel ou untel. Ils trichent !

Etre artiste, c’est être soi mème, peindre n’est pas l’art du cerveau, mais de la main et de l’inconscient. Parsy, encore, c’était l’authenticité, pas d’effets artificiels tout au contraire de  Dali qui est de la fabrication pure. Et puis le regard du public s’éduque. Picasso n’est-il pas devenu un grand classique ?

Van Velde m’a dit un jour, «la peinture veut du rouge donne lui du rouge, elle veut du vert donne lui du vert, elle seule le sait». Je peins tous les jours ou presque, J’ai calculé que j’avais du réaliser au moins 2000 tableaux, tu te rends compte ?

Et maintenant

A mon age, si je devais rêver d’un bel endroit pour vivre, ce serait peut être Sousceyrac, dans le Lot, Un petit village avec un clocher bleu qui monterait vers le bon dieu, bleu comme les ardoises du clocher de Solesmes où je suis né. Et reprends un petit chou avant de partir.

Points forts de larentrée artistique

En novembre Yvon est invité d’honneur par le Rotary Club de Tourcoing. Et du 3 au 25 Novembre il exposera à la galerie 31, rue Lepelletier, avec quelques uns de ses meilleurs amis.